Lorsque Walid Regragui est nommé sélectionneur en août 2022 par la Fédération Royale Marocaine de Football, la sélection nationale sort d’une période agitée. L’ère de Vahid Halilhodzic s’achève dans un climat tendu, et la Coupe du monde approche à grands pas. Le nouveau sélectionneur arrive alors avec un objectif simple : refermer les fractures et reconstruire un groupe uni autour du maillot.
Aurélolé de son sacre africain avec le Wydad Casablanca, Regragui impose rapidement un discours clair et direct. Il parle d’adhésion collective, de fierté nationale et de responsabilité partagée. Ce message trouve un écho immédiat dans le vestiaire. En quelques semaines, l’équipe retrouve un élan et une cohésion qui semblaient s’être dissipés.
Le Qatar, sommet d’un rêve collectif
La Coupe du Monde de la FIFA 2022 au Qatar va transformer ce pari en moment d’histoire. Le Maroc enchaîne les performances marquantes face à plusieurs grandes nations européennes et atteint les demi-finales, une première pour une sélection africaine et arabe.
Au-delà du résultat, l’équipe impose une identité forte. Bloc compact, rigueur tactique, solidarité permanente : les Lions de l’Atlas deviennent l’une des formations les plus respectées du tournoi. L’exploit dépasse le terrain. Dans tout le pays et bien au-delà, il nourrit un sentiment de fierté rarement observé dans l’histoire du football marocain.
Regragui s’impose alors comme la figure centrale de cette épopée. Son leadership, son langage direct et sa proximité avec les joueurs renforcent son image. Pour beaucoup, il incarne une génération qui ose regarder les grandes puissances du football dans les yeux.
Du statut d’outsider à celui de favori
Après l’euphorie du Mondial, la sélection poursuit sur une dynamique positive. Les résultats s’enchaînent, l’effectif s’étoffe et le Maroc s’installe durablement parmi les sélections africaines les mieux classées au classement FIFA.
Mais ce succès change la perception extérieure. Le Maroc n’est plus l’équipe surprise que l’on observe avec curiosité. Il devient une nation attendue, scrutée, analysée. Chaque rencontre est désormais comparée au souvenir du Qatar. Chaque performance est mesurée à l’aune de cet exploit.
Dans ce nouveau contexte, la marge d’erreur se réduit. Les attentes montent, le regard médiatique se durcit et la pression populaire s’intensifie.
La CAN, révélateur des limites
La Coupe d’Afrique des Nations 2023 marque un premier tournant. Portés par leur statut de demi-finalistes du Mondial, les Lions de l’Atlas arrivent avec l’étiquette de prétendants au titre. Mais le parcours s’arrête prématurément en huitième de finale.
Rapidement, les critiques émergent. Les choix tactiques sont discutés, l’animation offensive face aux blocs défensifs est questionnée et la gestion des rotations devient un sujet de débat. L’unanimité qui entourait le sélectionneur se fissure peu à peu.
Les plateaux télévisés s’animent, les réseaux sociaux s’enflamment et les analyses deviennent plus incisives. L’aura construite au Qatar ne disparaît pas, mais elle ne suffit plus à protéger le sélectionneur des interrogations.
La CAN 2025, une finale qui divise
Organisée au Maroc, la Coupe d’Afrique des Nations 2025 devait consacrer l’ascension des Lions de l’Atlas. L’équipe atteint la finale, mais la défaite controversée face au Équipe du Sénégal de football laisse un goût amer.
Sur le terrain, certaines limites apparaissent. L’équipe peine parfois à contourner des blocs défensifs regroupés et manque de créativité dans les phases de possession prolongée. Les débats tactiques se multiplient : capacité d’adaptation en cours de match, utilisation des ressources offensives, gestion des rotations.
Au-delà des choix techniques, c’est le rythme imposé par l’équipe qui est questionné. Là où le Maroc de 2022 surprenait par sa maîtrise émotionnelle et sa capacité à élever son niveau dans les moments décisifs, la CAN 2025 laisse apparaître des hésitations qui alimentent le doute.
Une pression médiatique devenue permanente
Au fil des années, l’équipe nationale s’est transformée en symbole collectif. Chaque match dépasse la dimension sportive pour devenir un événement national. Dans ce contexte, la moindre décision du sélectionneur est disséquée.
Les réseaux sociaux amplifient chaque polémique, les plateaux télévisés multiplient les débats et les analyses circulent à une vitesse inédite. Ce climat installe une pression permanente autour de la sélection.
Être l’homme d’un exploit mondial crée aussi une attente difficile à prolonger. Après avoir atteint un sommet historique, maintenir la même intensité émotionnelle devient un défi quotidien. Les adversaires préparent désormais le Maroc avec une attention particulière, et l’effet de surprise qui avait porté l’équipe au Qatar disparaît progressivement.
La fin d’un cycle, l’empreinte d’une époque
Avec le recul, une évidence s’impose : le passage de Walid Regragui à la tête des Lions de l’Atlas restera l’un des cycles les plus marquants du football marocain. La demi-finale mondiale constitue une performance inédite pour le continent africain et a profondément transformé la perception internationale du Maroc.
Le sélectionneur aura également consolidé un noyau de joueurs cadres, ouvert la porte à de nouveaux talents et renforcé la crédibilité sportive du pays sur la scène mondiale. Certes, la CAN n’a pas offert le sacre espéré. Certes, la fin de son mandat s’est accompagnée de critiques plus vives.
Mais réduire cette période à ses derniers mois serait oublier l’ampleur du chemin parcouru. Regragui a offert au Maroc bien plus qu’un résultat : une référence, un imaginaire et la conviction que l’impossible peut parfois se rapprocher.
Son départ referme une page importante de l’histoire des Lions de l’Atlas. L’héritage est désormais là, exigeant et inspirant à la fois. Dans les années à venir, il continuera d’habiter la mémoire collective du football marocain.


